Poésie " Les couleurs ternes " par Rémi dit Pilatom

Publié le par Remi Godet

Poésie " Les couleurs ternes " par Rémi dit Pilatom

 

Les couleurs ternes

 

 

La ville blanche se teinte de gris

L'azur du ciel devient brumeux

Quelques bateaux sont amarrés

En crachant des fumées de mauvais augure

 

Les ocres si belles deviennent falotes

Le sirocco s'en est tu et se terre

Seul le minaret de la grande mosquée

Domine encore cette sombre tragédie

 

L'air est irrespirable, je suffoque

C'est pourtant onze heures

Le silence rode bizarrement

Dans la cité qui feint de somnoler

La peur circule en grande pompe

 

Mes tympans battent trop fort

La nuit se fait jour

Au loin le canon

Des coups de fusils claquent

Dans la ruelle de tous les enfants

Qui demain se haïront

 

Parce qu'on va leur expliquer

La raison, celle d'un camp

La violence des guerriers

Les autres, l'ennemi

Ceux qui ne savent plus parler

 

Je referme la porte

Demain avant l'aube

Je partirai sans bruit

Mes parents me l'ont dit

 

File mon bel été

Je ne mettrai plus ma robe blanche

Ni mes petits souliers vernis

A quoi bon, les nœuds rouges

Pour m'attacher les cheveux

Oh maman ce n'est plus la peine

 

Mohamed mon ami

Complice de nos farces

Amuseur patenté ou es tu

Depuis quelques jours

Je ne te vois plus

Tes amis tournent la tête

 

Mes larmes coulent

Ce n'est plus mon pays

Puisqu'il m'est interdit

Les moucharabiés se sont tus

Dans les ruelles le sang coule

Les ombres sont tragiques

A qui appartient il ? Est ce important ?

 

On tue chacun son tour, ou de concert

On se parle en faisant siffler les balles

Oppresseur, oppressé la folie est en vous

Aveuglés par ce que l'on ne dit pas

L'incompréhension, et puis la haine

Il nous faut partir

 

Les valises sont prêtes, le strict nécessaire

Les photos, les souvenirs, les épices

Quelques dattes, une orange ou deux

Adieu couleurs, oasis de beauté

Sables chauds, flots bleus

Odeurs de tajines

 

L'énorme bateau nous happe dans son ventre

Afin de cacher nos pleurs de déracinés

Un chagrin partagé sur la terre de l'humanité

Je pleure encore sans larmes

Mon coeur me l'interdit pourtant

Je me veux sémillante ou je suis maintenant

Et jusqu'à mon dernier souffle de vie

J'écris tous les jours le mot PAIX

 

 

Texte Protégé le 25/07/2017

 

 

Publié dans Poésies

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